Lire un texte, prendre des notes, suivre des consignes ou organiser son travail : des activités ordinaires peuvent demander un effort considérable aux personnes présentant des troubles DYS. Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie… Ces troubles du neurodéveloppement sont souvent repérés pendant l'enfance, mais leurs conséquences peuvent se prolonger bien au-delà de la scolarité. À mesure que les exigences évoluent, les difficultés prennent d'autres formes et les accompagnements doivent s'adapter. Comment mieux comprendre ces troubles et répondre aux besoins qu'ils entraînent, de la salle de classe à l'entreprise ?
Par Angela Braito et Louis Gosse
Comprendre les troubles DYS
Le terme « DYS » désigne couramment plusieurs troubles durables qui touchent le langage, les apprentissages ou la coordination des gestes. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), ils peuvent avoir des conséquences sur la scolarité et les activités quotidiennes, avec des répercussions possibles dans la vie professionnelle. Leurs manifestations diffèrent selon les personnes et les fonctions concernées.
Des troubles différents et des conséquences qui varient
La dyslexie affecte l'apprentissage et l'automatisation de la lecture : identifier les mots peut demander davantage de temps et d'attention. La dysorthographie concerne l'acquisition et la maîtrise de l'orthographe, tandis que la dyscalculie touche les apprentissages numériques et arithmétiques, notamment la compréhension des quantités et la manipulation des nombres. Le trouble développemental du langage (TDL), autrefois couramment appelé dysphasie, affecte le langage oral, avec des répercussions possibles sur la compréhension ou l'expression. Le trouble développemental de la coordination (TDC), souvent désigné sous le terme de dyspraxie, peut compliquer l'écriture manuscrite, l'utilisation d'outils ou l'organisation des gestes dans l'espace.
Ces distinctions sont détaillées dans le dossier scientifique de l'Inserm consacré aux troubles spécifiques des apprentissages et dans les ressources de la Fédération française des DYS (FFDys).
Des troubles parfois associés
Ces troubles peuvent également être associés. L'Inserm souligne notamment qu'une personne dyslexique peut également présenter une dysorthographie ou des difficultés de coordination. Leur fréquence varie selon les définitions retenues : environ 5 à 7 % des enfants d'âge scolaire seraient concernés par les troubles spécifiques des apprentissages, d'après l'Inserm, tandis que la HAS avance une estimation proche de 8 % pour un ensemble plus large de troubles spécifiques du langage et des apprentissages.
Les troubles DYS appartiennent à la catégorie plus vaste des troubles du neurodéveloppement (TND), qui comprend également le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et le trouble du spectre de l'autisme (TSA). Le TDAH affecte notamment la régulation de l'attention et de l'impulsivité, avec des conséquences possibles sur l'organisation ou la gestion du temps.
L'autisme possède ses propres caractéristiques diagnostiques, notamment dans les domaines de la communication, des interactions sociales et des comportements ou intérêts restreints et répétitifs. Ces troubles peuvent coexister, ce qui rend parfois les difficultés plus complexes à identifier. La HAS souligne l'importance d'une évaluation permettant de distinguer les fonctions concernées et les éventuelles associations.
Le terme « DYS », très utilisé dans les familles, les écoles et les associations, ne remplace donc pas les classifications médicales plus précises. Il recouvre des situations diverses, dont les conséquences dépendent également de l'environnement. Lire quelques lignes, prendre des notes pendant un cours ou traiter un document volumineux sous contrainte de temps ne mobilise pas les mêmes ressources. Une difficulté peu visible dans une activité peut devenir beaucoup plus contraignante dans une autre.
À l'école, comprendre les difficultés pour mieux accompagner
Les troubles DYS deviennent souvent particulièrement visibles pendant la scolarité, lorsque la lecture, l'écriture et l'organisation occupent une place croissante dans les apprentissages. En primaire, un élève dyslexique peut rencontrer des difficultés à automatiser le déchiffrage. Au collège, la longueur des textes, la diversité des matières et l'augmentation du travail personnel peuvent accentuer la fatigue. Au lycée, la prise de notes rapide, les documents complexes et les évaluations chronométrées imposent de nouvelles exigences.
Lorsqu'un élève doit lire un texte puis répondre à plusieurs questions, l'identification des mots peut mobiliser une grande partie de son attention. Il dispose alors de moins de ressources pour analyser le contenu, organiser sa réponse et vérifier son travail. Pour un élève présentant un trouble développemental de la coordination, écrire rapidement tout en suivant les explications de l'enseignant peut représenter une double tâche particulièrement exigeante. Ces difficultés peuvent entraîner de la fatigue, du découragement et, lorsqu'elles sont mal comprises, une perte de confiance. Les résultats scolaires ne rendent pas toujours compte de l'effort nécessaire pour les obtenir.
Repérer les difficultés et les besoins
Le repérage des troubles repose sur une évaluation adaptée, tenant compte du développement de l'enfant, de son parcours et des difficultés observées. Selon les situations, différents professionnels peuvent intervenir : médecin, orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien, psychologue ou neuropsychologue. Le guide de parcours de santé de la HAS insiste sur la coordination entre les familles, les professionnels de santé et les équipes éducatives afin de déterminer les accompagnements appropriés.
À l'école, plusieurs dispositifs permettent d'organiser ces adaptations. Le plan d'accompagnement personnalisé (PAP) concerne les élèves présentant des troubles spécifiques du langage et des apprentissages, sur la base d'un avis médical. Il formalise les mesures pédagogiques nécessaires à leur scolarité. Le projet personnalisé de scolarisation (PPS) s'adresse aux élèves dont la situation de handicap a été reconnue dans le cadre d'une évaluation par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Il peut prévoir des adaptations pédagogiques, du matériel spécifique ou une aide humaine. Le ministère de l'Éducation nationale présente leurs conditions de mise en œuvre dans ses ressources consacrées aux élèves à besoins éducatifs particuliers.
Des outils et des méthodes adaptés
Les aménagements portent notamment sur les documents, les consignes, la prise de notes, les évaluations ou l'organisation du travail. Certains élèves utilisent un ordinateur pour réduire les contraintes de l'écriture manuscrite, un logiciel de synthèse vocale pour accéder aux textes ou un outil de reconnaissance vocale pour dicter leurs réponses. D'autres bénéficient de consignes reformulées, de supports numériques structurés ou d'outils de planification. Leur efficacité dépend des besoins individuels et des conditions d'utilisation. Un logiciel peut faciliter une activité, mais nécessiter lui-même un apprentissage ; une présentation graphique adaptée à un lecteur ne conviendra pas nécessairement à un autre.
Cette dernière question fait l'objet de recherches. Lors de la Journée nationale des DYS du Rhône, le 10 octobre 2026, Kandice Le Pihive, assistante de recherche au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL), est intervenue sur les profils de lecteurs et les adaptations graphiques des textes pour l'école inclusive, selon le programme de la journée. Ces travaux s'intéressent notamment à l'influence de l'espacement, de la typographie et de l'organisation visuelle des informations selon les profils et les tâches proposées. La FFDys présente également des ressources et des travaux consacrés à l'accessibilité des supports pour les personnes présentant des troubles des apprentissages.
Des examens aux études supérieures : assurer la continuité
Les adaptations scolaires peuvent également concerner les examens. Selon les besoins reconnus et les procédures applicables, un candidat peut bénéficier d'un temps majoré, de matériel particulier, d'une aide humaine ou de modalités spécifiques de passation. Ces aménagements nécessitent une demande et une décision selon les règles en vigueur. Les mesures utilisées pendant l'année scolaire constituent des éléments importants du dossier, sans entraîner automatiquement l'attribution des mêmes dispositions pour les épreuves. Le ministère de l'Éducation nationale détaille les dispositifs et les procédures de demande, notamment la procédure simplifiée accessible à certains élèves disposant déjà d'un PAP, d'un PAI ou d'un PPS.
Après le bac, poursuivre l'accompagnement
Le passage dans l'enseignement supérieur soulève une autre difficulté : assurer la continuité de l'accompagnement alors que les méthodes de travail évoluent. À l'université, en BTS ou en classe préparatoire, les étudiants doivent organiser leurs cours, traiter des documents parfois volumineux et gérer des évaluations selon des rythmes propres à chaque formation. Les outils qui leur étaient utiles au lycée peuvent continuer à l'être, mais nécessitent parfois des ajustements.
Le PAP relève de l'enseignement scolaire et ne se prolonge pas automatiquement sous la même forme après le baccalauréat. Dans l'enseignement supérieur, les missions handicap et les référents handicap accompagnent les étudiants dans leurs démarches. Selon les besoins, un plan d'accompagnement de l'étudiant en situation de handicap (PAEH) peut prévoir des adaptations pédagogiques, organisationnelles, matérielles ou humaines. Le site public Mon Parcours Handicap détaille les aménagements possibles pendant les études supérieures.
Anticiper cette transition permet notamment d'organiser les aménagements d'examen, l'utilisation de matériel adapté ou certaines modalités de cours. La question concerne aussi leur pertinence face aux nouvelles exigences de la formation et à l'autonomie attendue des étudiants.
Dans l'entreprise, adapter les situations de travail
Les difficultés liées aux troubles DYS peuvent se prolonger dans la vie professionnelle, parfois sous des formes différentes de celles rencontrées à l'école. Lire des consignes rapidement, traiter plusieurs informations, rédiger des documents, suivre une réunion ou organiser des tâches simultanées peut demander un effort supplémentaire. Les conséquences varient selon le poste occupé, les outils disponibles et l'organisation du travail. Le Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) consacre une fiche pratique aux troubles DYS, à leurs répercussions professionnelles et aux possibilités d'adaptation.
Une concertation en Auvergne Rhône-Alpes
En Auvergne-Rhône-Alpes, la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) a engagé, avec le bureau d'études Nalisse, une démarche de concertation consacrée à l'emploi des personnes présentant des troubles DYS. Intitulée « Concerter les personnes en situation de handicap invisible », elle associe des personnes concernées, des employeurs et des partenaires professionnels afin de mieux comprendre les difficultés rencontrées lors du recrutement et dans la vie quotidienne des entreprises.
Menée en 2025, cette démarche a notamment mis en évidence le besoin d'une meilleure information et d'un accès facilité aux outils d'adaptation. Le projet figure parmi les lauréats des Prix de la participation 2025, organisés par l'association Décider ensemble. La DREETS revient également sur cette distinction dans son rapport d'activité 2025, en soulignant la participation directe de personnes présentant des troubles DYS à la construction de propositions pour l'emploi.
Des solutions adaptées aux situations de travail
Dans le prolongement de cette concertation, le bureau d'études Nalisse a travaillé à l'élaboration d'outils et de recommandations concernant les troubles du neurodéveloppement dans le monde professionnel, notamment les troubles DYS et le TDAH. Les pistes envisagées portent sur des situations concrètes : consignes écrites, réunions structurées, listes de tâches, organisation du temps, logiciels de lecture, reconnaissance vocale ou aménagements sensoriels. Ces solutions visent à répondre aux besoins individuels tout en tenant compte des exigences des postes.
La démarche s'inscrit dans le Plan régional d'insertion des travailleurs handicapés (PRITH) 2022-2027. Elle illustre l'intérêt de réunir personnes concernées, employeurs et professionnels de l'accompagnement pour confronter les propositions aux situations réelles. L'expérience des salariés permet notamment de mieux comprendre les contraintes d'un poste et les effets des adaptations envisagées.
Les questions abordées rejoignent celles rencontrées pendant les études : comprendre une consigne, accéder à un document, organiser ses tâches ou utiliser un outil adapté. Dans l'entreprise, elles s'inscrivent dans des activités professionnelles et des organisations collectives. Les adaptations doivent donc tenir compte à la fois des besoins des personnes et des conditions dans lesquelles elles exercent leur métier.
Des adaptations à faire évoluer avec les besoins
De l'école à l'entreprise, les troubles DYS peuvent avoir des répercussions différentes selon les exigences rencontrées. Les accompagnements doivent être réévalués au fil des parcours, en fonction des difficultés observées, des compétences développées et des environnements.
Dans le cadre scolaire, les adaptations concernent principalement l'accès aux apprentissages et les évaluations. Dans l'enseignement supérieur, elles prennent également en compte l'autonomie et les méthodes propres à chaque cursus. Au travail, elles doivent s'intégrer aux activités du poste et au fonctionnement des équipes.
Les recherches scientifiques, les dispositifs institutionnels et les démarches de concertation contribuent à améliorer les réponses proposées. L'expérience des personnes concernées permet d'en apprécier l'utilité réelle, notamment lorsque les outils numériques ou les aménagements organisationnels sont mis à l'épreuve du quotidien.
Un accompagnement pertinent ne consiste pas seulement à fournir un outil ou à prévoir une mesure. Il suppose d'en comprendre l'usage, d'observer ses effets et de l'ajuster lorsque les besoins évoluent. De l'apprentissage de la lecture aux exigences d'un métier, c'est cette attention aux situations concrètes qui permet de construire des environnements plus accessibles.
- Image de couverture : © GELI – Louis Gosse